Par Claude Térouinard, Conseiller départemental de Brou, Ancien président du Conseil départemental d’Eure-et-Loir
L’été 2022 aura révélé la vulnérabilité particulière des grandes villes face au réchauffement climatique. Davantage bétonnées, artificialisées, les villes ont suffoqué, beaucoup plus que les villages situés en rase campagne.
La Présidente du Conseil de l’Ordre des Architectes, Christine Lecomte, a établi un bilan inquiétant : « La température a été de 4 degrés supérieure en centre-ville par rapport à la campagne environnante et jusqu’à 10 degrés en plus à Paris la nuit. Les bâtiments et leurs nombreux étages empêchent l’air de circuler. Les climatiseurs à plein régime réchauffent l’atmosphère et l’asphalte recrache le soir la chaleur accumulée durant la journée. Ces îlots de chaleur éprouvent les corps et échauffent les esprits. »
Le gouvernement a proposé de soutenir financièrement les opérations de végétalisation des villes, car les arbres sont sources d’humidité et de fraîcheur. C’est une initiative sympathique, mais qui peut être perçue comme « un cautère sur une jambe de bois » face à l’ampleur durable de cette transition qu’Hubert Reeves décrivait déjà il y a plus de quinze ans : « On sait que les canicules, la force des vents lors des tempêtes et la déstabilisation du climat seront de plus en plus importants dans les années à venir. Notre avenir ne dépendra que de nous et de ce que nous décidons aujourd’hui. Le sort de l’aventure humaine, entamée il y a des millions d’années, pourrait se jouer en l’espace de quelques décennies si l’on n’y prend pas garde ».
Pour une nouvelle répartition de la population sur le territoire national
La concentration urbaine, qui atteint des sommets à Paris, est-elle compatible avec une stratégie d’adaptation et de lutte contre le réchauffement climatique ?
Le retour progressif vers nos campagnes ne devrait-il pas être encouragé pour mieux préserver l’environnement et mieux s’adapter aux conséquences inéluctables du réchauffement climatique ?
Avec ses 633 000 km2 de superficie, la France est le pays le plus vaste de l’Union Européenne. L’espace rural y représente 83 % de l’espace national et il accueille le tiers de la population. Madame Dominique Faure, nouvelle secrétaire d’État, chargée de la Ruralité, affirmait récemment que « 92 % des Français considèrent les territoires ruraux agréables à vivre contre seulement 72 % en 2018. C’est la preuve que la ruralité est un lieu où il fait bon vivre ». Si le gouvernement a vraiment pris conscience des mesures nécessaires pour faire face aux conséquences inéluctables du réchauffement climatique, il faut mettre en œuvre une nouvelle politique d’aménagement du territoire.
Plus que jamais, nous sommes soumis à des choix qui nous incombent
Il ne s’agit pas d’asphyxier les campagnes avec l’arrivée d’une population dont le nombre serait disproportionné par rapport aux capacités d’accueil de nos 30000 villages.
Il conviendrait de revisiter la fiscalité locale, les dotations de l’État et la présence des services publics pour répondre aux attentes des nouveaux habitants. Les campagnes n’ont jamais connu la société d’abondance des métropoles. Quant à la sobriété, c’est leur lot quotidien. Les ruraux ne demandent jamais l’impossible, ils se satisfont de l’indispensable. Ils espèrent simplement bénéficier des services qui leur permettent d’avoir une vie digne d’être vécue. La très mauvaise qualité de l’accès aux soins médicaux, la médiocrité de la couverture en téléphonie mobile, les difficultés de mobilité et de quelques autres services, dont les ruraux ont dû prendre l’habitude de se passer.
Les citadins qui viendront s’installer à la campagne pour en savourer les agréments doivent aussi supporter ce qu’ils considèrent comme des désagréments. Si le chant du coq les agace, qu’ils sachent qu’à la campagne, on avait l’habitude de « se coucher avec les poules et de se lever avec le chant du coq ». Si les abeilles des ruches du voisin leur rendent visite, c’est pour polliniser leurs fleurs. Achetez-lui un pot de miel, il y a de bonnes chances qu’il vous l’offre. Les conflits d’usage ont toujours existé entre les randonneurs, les cavaliers, les chasseurs et évidemment les agriculteurs. Mais n’oubliez jamais qu’il faut toujours avoir de bons rapports avec ses voisins et les autres villageois. À la campagne, nous avons conscience que la bonne entente est le secret du bonheur.
Quand on décide de vivre à la campagne, il faut que ce soit pour de bonnes raisons et pas seulement pour « fuir » la ville et le réchauffement climatique. Il faut choisir sa destination après mûre réflexion. Choisir son territoire d’adoption est une décision qui doit d’abord venir du cœur.
Plus que jamais les villes et les campagnes ont le devoir de coopérer, comme dans les intercommunalités à condition que les villes associent les élus des communes rurales à leurs décisions. C’est ensemble qu’elles pourront créer le nouveau modèle spatial du XXIe siècle, respectueux de l’environnement.